Ce texte collectif, signé par plus de 600 chrétiennes et chrétiens, a été publié dans La Croix en mars 2026.
En ce mois de mars, au calendrier des intentions de prière du pape Léon XIV était inscrit : « Prions en mars 2026 pour que les nations s’engagent résolument sur le chemin d’un désarmement effectif, en particulier nucléaire, et pour que les dirigeants du monde choisissent le dialogue et la diplomatie, plutôt que la violence. »
Ce même mois de mars, le président de la République a prononcé un discours sur sa stratégie de dissuasion nucléaire annonçant l’augmentation du nombre de têtes nucléaires détenues par le pays et indiquant qu’il « n’hésiter (a) jamais à prendre les décisions qui seraient indispensables à la protection de nos intérêts vitaux » et que « si nous devions utiliser notre arsenal, aucun État, si puissant soit-il, ne pourrait s’y soustraire. Aucun, si vaste soit-il, ne s’en remettrait ». En effet, « aucun État », pas même le nôtre.
Un niveau d’horreur absolu
Actuellement, le plus « petit » missile aéroporté français est équipé d’une ogive d’une puissance destructrice entre 7 et 20 fois la bombe d’Hiroshima. D’Hiroshima, dont nous commémorons cette année les 81 ans, nous ne connaissons souvent que l’image du fameux champignon de fumée, s’élevant à 18 kilomètres d’altitude ; image aérienne correspondant au point de vue de ceux qui bombardaient.
Nous manquons cependant d’images pour montrer la vérité d’Hiroshima et de Nagasaki : blast, onde de choc, corps volatilisés, bâtiments soufflés, tempête de feu, de cendre, au moins 200 000 morts, dont une partie carbonisés quasi instantanément. Si nous avons toutes et tous à l’esprit les corps de victime de la Shoah, la mémoire de ces explosions nucléaires fait, elle, le plus souvent défaut. Nous sommes pourtant à un niveau d’horreur similaire, c’est-à-dire absolu.
Pas une « guerre juste »
Le philosophe Günther Anders notait que « nous sommes capables de détruire à coups de bombes des centaines de milliers d’humains, mais nous ne savons ni les pleurer, ni nous repentir ». La réalité des armes nucléaires outrepasse nos capacités de représentation de sorte que nous sommes comme anesthésiés lorsque nous dissertons à son sujet. Le discours du président en est l’illustration même, la pseudo-gravité de son ton est dérisoire face à la réalité dont il parle : l’anéantissement pur et simple de parties complètes du monde.
Ainsi que l’a affirmé avec force le pape François : ni l’usage ni la possession de l’arme atomique ne sont légitimes et le désarmement unilatéral est la seule attitude juste. Aucun usage du nucléaire militaire ne saurait correspondre aux critères traditionnels de la « guerre juste » : son effet ne saurait respecter aucune proportion ni conduire à aucune paix. La bombe atomique est destructrice, c’est la forme ultime du nihilisme.
C’est pour cela que, dès son assemblée fondatrice en 1948, le Conseil œcuménique des Églises a qualifié la guerre nucléaire de « péché contre Dieu et dégradation de l’humain » et que de nombreux chrétiens et chrétiennes – tels que la militante Dorothy Day, le pasteur Albert Schweitzer ou le moine Thomas Merton, ont dénoncé le développement des armes nucléaires.
S’associer à la prière du pape pour un désarmement nucléaire « effectif »
Nous, chrétiennes et chrétiens, ne pouvons célébrer la gloire de Dieu dans les cieux, sans annoncer aussi la paix sur la terre (Lc 2,14). Alors qu’il y a déjà sur le globe suffisamment d’ogives pour anéantir (et même plusieurs centaines de fois !) l’humanité et que la France annonce augmenter encore son arsenal, nous invitons tous nos frères et sœurs dans la foi à s’associer à la prière du pape pour un désarmement nucléaire « effectif ».
Nous supplions tous les aumôniers militaires chrétiens, et tout spécifiquement l’évêque catholique aux armées, d’exprimer publiquement et prophétiquement auprès des autorités publiques et militaires leur opposition absolue à l’usage et à la possession d’armes nucléaires et à rappeler la nécessité urgente d’un désarmement unilatéral.
Nous implorons tout soldat chrétien à exprimer publiquement ce refus catégorique et à agir en conséquence en « obéissant à Dieu plutôt qu’aux humains » (Ac 5,29).
(1) Premiers signataires : Frédéric-Marie Le Méhauté, ministre provincial des frères mineurs (Province France Belgique) ; Cécile Renouard, religieuse de l’Assomption, professeure aux Facultés Loyola Paris ; Gaultier Bes, auteur, membre de l’éco-hameau de La Bénisson-Dieu ; Anne-Claire Baudin, maîtresse de conférences en Théologie ; Benoît Sibille, maître de conférences en Philosophie, Institut Catholique de Paris/Collectif Anastasis ; Aude Toulemonde, Lutte et contemplation ; Foucauld Giuliani, membre du collectif Anastasis ; ; Caroline Ingrand-Hoffet, pasteure ; Adrien Louandre, auteur et militant de Lutte et contemplation ; Béatrice Oiry, théologienne ; Frédédic Rognon, professeur, Faculté de théologie protestante, Strasbourg ; Jérôme de Gramont, professeur de philosophie, Institut catholique de Paris ; Hélène Noisette, religieuse ; Christian Renoux, membre du Comité national du MIR ; Joachim Ozdoba, membre du Conseil national de Pax Christi ; Xavier Mercy, coprésident de l’Association Arche de Lanza del Vasto ; Timotée de Rauglaudre, auteur et journaliste, membre du collectif Anastasis ; Gwendal Lagarde-Guevara, Lutte et contemplation.
Retrouvez la liste complète des signataires : https://framaforms.org/signature-de-la-tribune-sur-le-desarmement-nucleaire-1773672429