Lettre à nos frères et soeurs musulmans de France après un meurtre islamophobe

Chère sœur, cher frère,

Lorsque des chrétiens ont été frappés par le passé par le fanatisme islamiste, nous avons reçu des marques de soutien de la part d’amis musulmans. Après le meurtre du père Hamel, en 2016, plusieurs d’entre nous s’étaient retrouvés, à la demande d’amis musulmans, au Simone à Lyon, pour pleurer ensemble. Cela donna lieu dans les jours suivants à une marche réunissant 400 personnes d’horizons variés : chrétiens, musulmans, sans religion. Nous voudrions aujourd’hui pleurer avec ceux qui pleurent leur frère, Aboubakar Cissé, frappé par un ignoble meurtre islamophobe alors qu’il servait humblement son lieu de culte. Ces larmes pourraient être le point de départ d’initiatives communes. 

Que le meurtrier souffre apparemment de problèmes psychiatriques ne change rien à l’affaire. On est d’ailleurs bien prompts à de profondes analyses psychopathologiques dépolitisantes lorsque des musulmans sont frappés ou tués. Ils mériteraient certes des clarifications, mais pourquoi refuser avec autant d’obstination les mots en vigueur de « fanatisme » ou de « terrorisme » dans ce cas précis ? La réflexion politique, éthique, spirituelle doit pourtant partir de ce fait : un musulman a été tué par des coups de couteau acharnés, dans une mosquée, par quelqu’un qui insultait son Dieu. Il s’agit là d’un crime raciste et d’une violation gravissime de la liberté de conscience, donc de la laïcité. Que la classe politique s’en émeuve aussi timidement nous rend inquiet sur l’imprégnation des idées d’extrême droite. 

Mais il faut aller plus loin : le christianisme est parfois instrumentalisé pour servir des idées islamophobes. On l’a notamment vu lors de la dernière élection présidentielle – avec E. Zemmour – et actuellement avec les projets des magnats catholiques – V. Bolloré ou P. E. Stérin. Notre tâche pour les années qui viennent, aux côtés de nos frères et sœurs musulmans, est de réaliser une critique du fascisme qui monte en partant de nos traditions afin d’en saper les justifications religieuses. L’interconnaissance est devenue une exigence éthique et politique que nous devons pratiquer et promouvoir. 

Nous savons que la France a une tradition coloniale et islamophobe encore vivace, mais nous savons aussi que d’autres traditions politiques la traversent. À chaque époque, dans notre pays, des chrétiens et des chrétiennes ont participé à lutter contre le racisme et à faire de la fraternité une réalité. Nous voulons suivre leur exemple.

Fraternellement,

Le collectif Anastasis, le 2 mai 2025

Illustration : cliché pris lors de la Marche de la fraternité de Lyon (2016). Source : Europe 1.