Rassemblement pour les victimes de violences sexuelles dans l’Église

Prise de parole lue par Camille et Gabriel – vidéo à voir ici

Nous remercions le collectif De la parole aux actes et les collectifs de personnes victimes pour leur engagement et l’appel au rassemblement d’aujourd’hui. Pour nous, membres d’un collectif qui cherche à découvrir la puissance politique de l’évangile, il était absolument nécessaire d’être à vos côtés, de répondre présent. Présentes et présents parce que nous sommes concerné·es ; parce que nous sommes victimes et proches de victimes, et parce qu’il nous semble impensable de participer à diffuser la portée révolutionnaire et émancipatrice du message de l’Evangile sans s’occuper d’assainir les institutions gardiennes de ce message.

En ce sens, nous nous faisons solidaires de toutes les personnes victimes d’abus de pouvoir, d’abus spirituels et de violences sexuelles au sein de notre Eglise catholique. C’est au nom de l’amour que nous portons à cette Église que nous élevons la voix : aimer, c’est savoir dire le vrai quand nous voyons des structures de péché détruire les dynamiques de salut.

Avec les collectifs de victimes, nous demandons l’application rapide, effective et transparente des 45 recommandations de la Ciase.

Le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église a en effet montré la responsabilité de l’Église catholique dans les crimes subis par ses fidèles et leur dimension systémique. Trois ans après la publication du rapport, bien que les évêques se soient engagés à appliquer certaines de ses recommandations, plusieurs ont été laissées sur le bas-côté tandis que d’autres chantiers patinent. 

Dans l’épître aux Galates, Saint-Paul nous dit : « Il n’y a plus ni homme ni femme, ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, car vous tous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3, 28)

La proclamation évangélique de l’égalité, l’appel au déploiement d’une communauté de soeurs et de frères qui s’enseignent mutuellement et où chacune, chacun déploie ses capacités au service de la croissance du Royaume de justice et de paix, dans la confiance qu’il est infiniment aimé, tout cela est trahi par la culture du viol spécifique qui s’est développée dans l’Eglise, alimentée par le sexisme institutionnalisé, l’homophobie et l’absence totale de pensée du consentement dans la morale catholique. L’expérience de la confiance que Dieu place en chacun, chacune d’entre nous devrait se faire dans la communauté des croyant·es. Pourtant l’Eglise est bien souvent le lieu de la confiance blessée, de la honte, de la dignité piétinée.

Nous pouvons lire dans l’évangile de Jean : « Vous n’y entendez rien; vous ne vous rendez pas compte qu’il est avantageux pour vous qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation entière ne périsse pas. » (Jean 11, 50)

Telle est la logique de Caïphe et de l’alliance des pouvoirs qui mettent à mort le Christ sur la croix. Ils font corps par le rejet, l’exclusion, et la violence exercée sur celui qui dérange. Or c’est à une autre logique que nous sommes appelés. Nous sommes appelés à devenir un corps à partir du corps brisé du Christ sur la croix, à partir des corps brisés de nos sœurs et frères victimes de violences dans l’Église et dans la société.

Nous voulons leur demander pardon. Pardon pour nos complicités secrètes avec les systèmes d’oppression agissant actuellement au sein de l’Eglise. L’Église doit changer, se convertir, et nous avec. Nous devons nous convertir d’une tendance tenace à l’idolâtrie de l’Église, consistant à placer le respect de l’institution au-dessus de celui des personnes victimes. L’Eglise ne peut continuer à entretenir des structures institutionnelles qui sont des structures de péché. L’éducation au consentement doit être la priorité d’une éducation à la liberté. « C’est pour que vous soyez libres que le Christ vous a libéré » lisons-nous encore dans l’épître aux Galates (Galates 5, 1). Sur ce sujet, comme sur d’autres réformes institutionnelles recommandées par la CIASE, la tâche est colossale.

Nous sommes reconnaissants du travail exigeant de lumière, de vérité et d’écoute des personnes victimes mis en place par les membres de la CIASE et de l’INIRR, au risque souvent de leur santé mentale, ainsi que du travail prophétique de celles et ceux qui combattent pour mettre en œuvre des réformes d’ampleur dans l’Eglise. Le risque d’oubli de la parole de la CIASE et des victimes devenues témoins nous guette toujours. Nous ne parlerons jamais assez, vous ne parlerez jamais assez, nous ne relaierons jamais assez la parole étouffée. 

Merci à toutes et tous de votre combat, de notre combat, qui est bien plus qu’une somme de luttes personnelles pour la justice et la réparation. En exigeant justice, réparation et transformation des structures, vous permettez au souffle de l’Esprit d’infuser dans nos structures sociales, vous redonnez une grandeur à notre Eglise et à sa vocation de libération de toutes et tous, au nom de Jésus.


Appel à manifestation – samedi 16/11/2024 – 14h – devant la Conférence des Évêques de France, 58 avenue de Breteuil, Paris

À l’appel de l’association De la parole aux actes à se rassembler avec et en soutien aux victimes des violences sexuelles et de la pédocriminalité dans l’Église, nous répondons présent·es. Présent·es parce que nous sommes concerné·es ; parce que nous sommes victimes et proches de victimes ; parce que nous sommes membres du collectif Anastasis qui cherche à découvrir la puissance politique de l’Évangile. Avec les collectifs de victimes, nous demandons l’application rapide, effective et transparente des 45 recommandations de la Ciase.

Le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) a en effet montré la responsabilité de l’Église catholique dans les crimes subis par ses fidèles et leur dimension systémique.

La Conférence des évêques de France, en la personne de son président Eric Moulins-Beaufort, a reconnu dans un discours à Lourdes en 2021 “le devoir de justice et de réparation” que cette responsabilité exige. Edouard Durand quant à lui, président de la Ciivise* a salué une “voie nouvelle et déterminante” ouverte par la Ciase au sein de la l’Eglise et de toute la société pour tous les espaces de vie où se trouvent des enfants qui peuvent être agressés.

Pour que cette « voie nouvelle » soit réellement déterminante et transformatrice, l’Église doit mener cette démarche à son terme. Trois ans après la publication du rapport de la Ciase, bien que les évêques se soient engagés à appliquer certaines de ses recommandations, plusieurs ont été laissées sur le bas-côté tandis que d’autres chantiers patinent[2]

Ce devoir de justice, de réparation et de changement des structures de l’Église est donc immense, en ce qu’il implique toutes les victimes de ces crimes, bien au-delà de ses murs. La manière dont l’Église intègre les enjeux de protection des personnes vulnérables et de réparation des victimes est un signal fort de la manière dont les institutions responsables peuvent se transformer. Nous demandons à l’Église d’être fidèle à sa mission évangélique et de faire de cette épreuve l’occasion d’une véritable conversion structurelle. 

Dans ce long processus, nous continuerons donc à alerter en son sein et à construire en dehors d’elle des collectifs et lieux dans la recherche d’une ecclésialité saine et protectrice. Nous nous tenons de côté des victimes, de ceux et celles qui souffrent, de ceux et celles qui demandent justice.

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Communiqué de presse de l’association De la parole aux actes

Rassemblement le 16 Novembre 2024 à 14h devant la conférence des évêques de France 58 avenue de Breteuil des victimes d’abus spirituel, d’abus de pouvoir et/ou de violences sexuelles dans l’Eglise catholique.

Cette mobilisation, portée par l’ensemble des signataires ci-dessous, rassemblera les membres d’associations de victimes, de collectifs formels ou informels de victimes ainsi que leurs soutiens pour dénoncer les abus spirituels, de pouvoir et sexuels au sein de l’Église catholique. Les scandales continuent, chaque semaine de nouvelles révélations sortent. L’affaire de l’Abbé Pierre a montré le silence institutionnel de l’Église catholique. Il est temps d’agir. L’État français doit intervenir pour faire cesser ces abus et protéger les citoyens français.

Faisons front pour refuser le statu quo !

Pour les 330 000 victimes mineures de l’Eglise catholique et les 5,5 millions de personnes ayant subi des agressions sexuelles dans l’enfance dénombrées par la CIASE en 2021

L’indépendance autoproclamée des commissions de réparation vis-à-vis de l’Église n’est pas crédible; il n’y a pas de justice restaurative sans justice!

Peu de victimes ont été indemnisées, le traitement individualisé des cas est lent et se fait au détriment du collectif, ce qui se traduit par de nouvelles injustices, de nouveaux traumatismes et surtout maintient la victime dans un espace de silence (clause de non recours dans les protocoles) et de solitude (les victimes ne peuvent pas être assistées pendant le processus d’indemnisation avec les instances ;

Ces délais trop longs et les montants dérisoires des réparations deviennent des maltraitances supplémentaires pour les victimes

L’État laisse faire et sa responsabilité est en cause directement pour des Institutions éducatives comme Bétharram, les Filles du Bon Pasteur ou Riaumont;

Les victimes sont laissées seules face à leurs traumas, et les associations et collectifs ne se sont pas entendues par l’Église à la mesure de la gravité du sujet ;

Après les résolutions votées par les évêques en 2021, neuf commissions ont été créées par la CEF, aux côtés des cinq groupes de travail post- CIASE, pour faire des recommandations sur les abus et sur l’Église. Mais elles n’ont pas été suivies de mesures concrètes. Les bénévoles de ces groupes et commissions se sentent manipulés et sont très en colère ;

La question de la réforme de la gouvernance de l’Église continue d’être soigneusement évitée;

L’Église persiste à traîner les pieds pour exploiter ses archives et rechercher les victimes, alors qu’elle continue à déplacer les prédateurs et les laisser en circulation.

Et puis nous entendons trop souvent que : « Il faudrait passer à autre chose ». Les laïcs dans l’Eglise réagissent car

Sans la pression des associations et collectifs et sans la pression médiatique, l’Église n’assume pas ses responsabilités. Elle parle beaucoup mais n’agit qu’à la marge et dans des délais de plus en plus longs et donc de plus en plus inacceptables.

Signataires : Association Aide aux Victimes des dérives de mouvements Religieux en Europe et à leur Famille (AVREF) Association L’Ange bleu – Collectif Ribes – Conférence Catholique des Baptisé-e-s Francophones (CCBF) – Comité de la Jupe – Association « Enfants du silence, Enfants de prêtres » – Association des filles du Bon Pasteur Commission d’Etudes sur la Place des Femmes dans l’Eglise (CEPFE) – Collectif Bétharram – Collectif Réparez – Collectif abbé B. Salleron – Collectif « Rien à guérir » – Collectif catholique Pour un Accueil Inconditionnel dans l’Église (P.A.I.X) – Collectif soutien CIIVISE Association Mouv’Enfants – Association Des femmes et un Dieu Collectif Anastasis Association Nous Sommes Aussi L’Eglise (NSAE) – Fédération des Réseaux du Parvis Association TOUS Ensemble, les abusés sexuels de l’Eglise RIAUMONT – Association Femmes et Hommes Egalité, Droits et Libertés Dans les Eglises et la Société (FHEDLES) -François Devaux Patrick Goujon Ixchel Delaporte – Association DeLaParole AuxActes.