« Un Père qui engendre son Fils aussi bien qu’il met au monde n’est pas un père seulement masculin. Il est un père maternel. Il ne peut plus être déterminé d’une manière unisexuelle et masculine, mais il doit être déterminé d’une manière bisexuelle ou trans-sexuelle. La doctrine chrétienne de la Trinité avec ses assertions sur le père maternel constitue un premier essai de dépasser le langage masculin dans le concept de Dieu, sans passer à des représentations matriarcales. Sa véritable intention est de conduire à une communauté de femmes et d’hommes sans subordination et sans privilèges. Seule une communauté libérée du sexisme et de la domination de classe peut devenir l’image du Dieu trinitaire. »
De nombreux observateurs-trices l’ont relevé : à l’approche du synode sur la synodalité dont les travaux ont commencé il y a quelques jours au Vatican, la question des femmes n’est pas, n’est plus, à l’ordre du jour. Ceci est regrettable, et il faut le souligner : le sort que réserve l’Église catholique romaine aux femmes est indigne à bien des égards. Il faut que cela change.
En ouverture du synode, Victor Manuel Fernández, préfet du dicastère pour la doctrine de la foi, a confirmé que le diaconat féminin n’était pas à l’ordre du jour – faisant écho à plusieurs déclarations publiques du pape François allant en ce sens, plus tôt dans l’année. Les deux commissions d’étude sur le diaconat féminin qu’il avait lui-même lancées, en 2016 puis en 2020, semblent avoir travaillé en vain – leurs conclusions n’ont pas été rendues publiques. Des théologiennes d’expérience, bien connues des sphères vaticanes et qui ont fait preuve d’une grande patience, expriment leur lassitude et leur découragement (ici, là, ou encore là). Lors de son récent voyage en Belgique, le pape François a à nouveau partagé ses conceptions de la différence sexuelle homme/femme, et repris les métaphores qu’il affectionne (le ministère est masculin – principe pétrinien, l’Église féminine – principe marial, etc.). Depuis le début de son pontificat, quelques femmes ont été nommées dans des dicastères romains; mais la porte d’un dialogue de fond sur les ministères, un temps entrouverte a été refermée, de manière apparemment arbitraire. En Europe occidentale et en Amérique du nord, le décalage entre l’Église et la société est grandissant.
Que faire, dès lors ?
Membres du collectif Anastasis, nous considérons que le féminisme doit être tout à la fois un combat culturel et politique et un engagement au quotidien, afin de rendre concrète notre égalité baptismale. Récemment, nous avons déniché par hasard un article du théologien protestant Jürgen Moltmann, publié en 1981 dans la revue Concilium. Son actualité troublante rappelle que les questions féministes sont posées depuis bien longtemps dans les Églises – protestantes et catholique. L’originalité de l’article de J. Moltmann est qu’il se situe directement sur le terrain de la théologie fondamentale. Il démontre de façon implacable que le caractère patriarcal de l’institution ecclésiale reflète, au fond, son incapacité à prendre toute la mesure de la révélation trinitaire. Nous vous le proposons à la lecture.