Nous nous apprêtons à célébrer Noël alors que le peuple palestinien meurt sous les bombes. Le Christ est né il y a deux mille ans à Bethléem en Palestine, au milieu de violences et de ténèbres. Que signifie qu’il y vienne encore aujourd’hui, alors qu’un massacre est en cours ?
Nous vous proposons d’écouter les voix palestiniennes, de relayer leur parole, de participer aux mobilisations en cours pour un cessez-le-feu et de proposer à vos églises et vos paroisses de prononcer une intention de prière le soir de Noël pour la justice et la paix en Palestine.
Intention de prière :
Seigneur, toi le petit enfant qui naît au milieu d’un massacre, nous te demandons d’apporter ton royaume de justice et de paix en Palestine.
Nous te prions pour pour un cessez-le-feu immédiat et durable, pour la libération de tous les prisonniers et otages détenus, la fin de l’oppression du peuple palestinien, nié dans ses droits les plus élémentaires.
Nous te prions pour les personnes vivant sur place : pour toutes celles qui sont dans la souffrance et le désespoir, pour toutes celles qui ont perdu des proches, pour toutes celles qui nourrissent des sentiments de haine et de vengeance.
Nous te prions pour la conversion de nos cœurs ici en France. Donne-nous la force de ne pas nous faire complices, par nos silences ou par nos opinions, du jeu de ceux qui méprisent la justice et les droits humains.
Nous relayons ici les voix de chrétiens depuis la Palestine ou en exil :
1. Appel des palestiniens en exil à exprimer sa solidarité avec la Palestine pour les fêtes de Noël
2. Salutation du patriarche Mgr Michel Sabbah pour le jour de Noël
3. Déclaration à propos de la célébration de l’Avent et de Noël en temps de guerre, des patriarches et chefs des églises de Jérusalem
Appel des palestiniens en exil, à exprimer sa solidarité avec la Palestine pour les fêtes de Noël.
La ville palestinienne de Bethléem, ville de la Nativité, a annoncé annuler toutes les festivités liées à la période de Noël cette année. Comme le reste de la Palestine, Bethléem est actuellement complètement fermée et en deuil. Elle célèbrera les services religieux « dans la sobriété ». Le père Ibrahim Faltas décrit « une situation terrible » et alerte « si cela continue, il n’y aura plus de chrétien en Terre Sainte ! »
Cette année, la place de la Nativité, n’accueille pas d’arbre, il n’y aura ni fanfare, ni parade des scouts, ni décorations, ni lumières en solidarité avec notre peuple qui vit depuis plus de 2 mois sous les bombes de l’armée israélienne à Gaza. Dès le début de l’agression, les lieux de cultes historiques de la bande de Gaza et leurs fidèles ont été pris pour cibles. C’est le cas de la mosquée Al Omari, de l’église Saint-Porphyre, plus vieille église de Gaza (1150) et de tant d’autres lieux de cultes. Nous sommes à plus de 20 000 morts dont plus d’un tiers sont des enfants.
Nous espérons pouvoir compter sur votre soutien en cette période si particulière et vous demandons de bien vouloir lors de la messe de Noël, relayer ce que décrivent vos confrères palestiniens qui officient depuis Bethléem, Jerusalem ou Gaza, d’appeler à un cessez-le feu immédiat, à la levée du blocus de Gaza et à la justice en Palestine.
Boussole Palestine
Salutation du Patriarche Mgr Michel Sabbah pour le jour de Noël
L’ange leur dit : « Soyez sans crainte, car voici, je viens vous annoncer une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple » (Luc 2, 10).
Christ est né, le Verbe de Dieu s’est fait chair et il a vécu parmi nous.
Réjouissons-nous !
Joyeuse et Sainte fête de Noël à tous ! En cette année de guerre à Gaza et dans les cœurs de tant de gens partout dans le monde, nos vœux de Noël sont pour la paix et la justice : à Gaza, dans toute la Palestine, en Israël, et dans le monde entier. La bonne nouvelle des anges, au milieu de la mort qui sévit aujourd’hui, c’est la Paix, c’est la Justice.
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était tourné vers Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement tourné vers Dieu. Tout fut par lui, et rien de ce qui fut ne fut sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes »
(Jean 1, 1-4).
C’est le profond mystère de Noël. Au commencement était le Verbe, et le Verbe était Dieu… et le Verbe est devenu un être humain, comme nous.
Au commencement était le Verbe. Dans la profondeur des temps, dans l’éternité de Dieu, nous méditons le mystère de Noël, le mystère de Dieu qui dépasse tout entendement. Dans cette lumière éternelle, nous tournons aussi nos regards vers le mystère de la mort dans notre Terre Sainte. Des milliers de demeures en ruines ! L’être humain en ruines ! La mort de Gaza atteint et remplit les cœurs de toute la Palestine. Nous voici déchirés devant le sublime mystère de Dieu, et devant le mystère de la mort qui lui est contraire, à Gaza, en Palestine et en Israël.
Au commencement était le Verbe. Dieu a créé l’homme et la femme bons, à son image et à sa ressemblance. Nous voici aujourd’hui à Bethléem, en ce jour de Noël, dans le silence. Dieu est amour, et pourtant l’humanité, créée par Dieu à son image, est devenue meurtrière de ses frères et sœurs à Gaza et ailleurs. Tel est le mystère que nous méditons en ce jour de Noël. Les deux réalités s’entremêlent : Dieu tout-puissant, son amour infini, source de justice et de paix ; et l’humanité, œuvre de sa main, qui hait et qui tue. Ils portent des armes de mort et de destruction et anéantissent ce que Dieu a créé. Palestiniens ou Israéliens, Dieu les a créés, et Il les aime.
Tous sont pareillement des êtres humains, pareillement aimés de Dieu, pareillement enfants du même Père qui est aux cieux. À Gaza, il semble ne pas en être ainsi.
Dans les profondeurs de la joie de Noël, nous voyons la vie et la mort, la détresse et la douleur. Nous entendons le message des anges : Joie pour tout le peuple ! Mais c’est la mort que nous voyons à Gaza et dans les cœurs des humains. L’être humain est pareillement détruit chez les Israéliens et chez les Palestiniens. L’un est opprimé, l’autre est oppresseur. Tous pareillement êtres humains, et cependant tous deux détruits.
En ce jour de Noël cette année, nous prions, nous louons Dieu, nous disons merci à Dieu pour son amour infini, car il nous a envoyé son Fils, son Verbe éternel, pour qu’il devienne un être humain né sur notre terre. Sa naissance est une source de joie pour le peuple tout entier, pour l’humanité toute entière. Mais à Gaza, les humains, brisés, pleurent et sont incapables de se réjouir. Nous prions et nous nous prosternons devant le mystère de l’amour de Dieu, et nous demandons la miséricorde pour ceux qui meurent : pour tous, des deux côtés. Nous demandons miséricorde pour le Palestinien qui meurt, qui est tué pour la simple raison qu’il se trouve sur sa terre et dans sa maison. C’est l’unique raison de toutes les tragédies du peuple palestinien. Ils sont sur leur terre, mais Israël leur dit : « Partez, et vous vivrez en paix. » Mais pourquoi devraient-ils quitter leurs foyers ? Comment un peuple aurait-il le droit de dire à un autre peuple : Quittez votre terre et votre maison si vous voulez vivre et être en sécurité ? La communauté internationale sait depuis longtemps ce qui revient aux Palestiniens et ce qui revient aux Israéliens, mais elle est toujours restée silencieuse et complice. Aujourd’hui encore, face au génocide de Gaza, elle ne bouge pas.
Et pourtant notre message en ce Noël, proclamé au milieu des ruines, des douleurs et de notre confusion face au mystère de l’humanité qui tue et au mystère de Dieu venu réconcilier cette humanité avec lui, notre message reste celui-ci : Priez et cherchez la vérité en cette Terre sainte. Votre parole de vérité à vous tous qui aimez cette Terre sainte, votre parole de vérité nous libérera et éloignera la mort de notre terre. Notre message est un message d’espoir fermement ancré dans notre foi en Dieu. Nous, membres de Kairos Palestine, nous continuons d’attendre le moment de la manifestation de Dieu sur notre terre. Il viendra, il nous donnera la paix et la justice. Noël en soi est un Kairos, un temps où la Parole de Dieu nous visite pour effacer la mort et toute forme d’oppression. Nous pleurons avec la population de Gaza. Nous essayons de leur annoncer la nouvelle joie de Noël. Nous leur disons : Allumez une bougie à la flamme tremblotante au milieu de vos ruines. Dieu viendra. L’amour et la justice de Dieu l’emporteront sur le mal de l’humanité.
« Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père »
(Jean 1, 14).
Le patriarche émérite de Jérusalem, Michel Sabbah
Déclaration à propos de la célébration de l’Avent et de Noël en temps de guerre
Les patriarches et les chefs des Églises de Jérusalem
10 novembre 2023
Chaque année, pendant les temps sacrés de l’Avent et de Noël, nos communautés chrétiennes de Terre Sainte trouvent la joie dans les préparatifs de la commémoration de la naissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Outre la participation aux offices religieux, ces célébrations impliquent normalement de nombreuses festivités publiques et le déploiement à grands frais de décorations lumineuses qui expriment notre allégresse à l’approche et à l’arrivée de la fête de la Nativité.
Mais nous ne vivons pas une époque normale. Depuis le début de la guerre, il règne une atmosphère de tristesse et de douleur. Des milliers de civils innocents, dont des femmes et des enfants, sont morts ou ont été grièvement blessés. Beaucoup d’autres pleurent la perte de leur maison, de leurs proches ou le sort incertain de ceux qui leur sont chers. Dans toute la région, un nombre encore plus grand de personnes ont perdu leur travail et souffrent de graves problèmes économiques. Pourtant, malgré nos appels répétés en faveur d’un cessez-le-feu humanitaire et d’une désescalade de la violence, la guerre se poursuit.
C’est pourquoi nous, Patriarches et Chefs des Églises de Jérusalem, appelons nos congrégations à soutenir fermement ceux qui sont confrontés à de telles afflictions, en renonçant cette année à toute activité trop festive. De même, nous encourageons nos prêtres et nos fidèles à se concentrer davantage sur le sens spirituel de Noël dans leurs activités pastorales et leurs célébrations liturgiques au cours de cette période, en gardant par-dessus tout dans nos pensées nos frères et sœurs affectés par cette guerre et ses conséquences, et en priant avec ferveur pour une paix juste et durable pour notre Terre Sainte bien-aimée.
En outre, en cette période de don, nous invitons également les fidèles à s’engager, à prier, et à contribuer aussi généreusement qu’ils le peuvent à l’aide aux victimes de cette guerre et à ceux qui sont dans le plus grand besoin, ainsi qu’à encourager d’autres personnes à se joindre à eux dans cette mission de solidarité.
C’est ainsi que nous croyons pouvoir soutenir les personnes qui sont dans la souffrance, comme le Christ l’a fait avec nous dans son Incarnation, afin que tous les enfants de Dieu puissent recevoir l’espérance d’une nouvelle Jérusalem en présence du Tout-Puissant, où « la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé. » (Apocalypse 21:4).
Texte accessible en anglais sur le site du patriarcat latin de Jerusalem