Combattre l’antisémitisme

Nous n’avons pas d’accord en notre sein sur la marche à suivre concernant la marche contre l’antisémitisme prévue dimanche à l’initiative de la présidente LREM de l’Assemblée Nationale, Yaël Braun-Pivet, et le président LR du Sénat, Gérard Larcher. Certains estiment qu’il est nécessaire de s’y joindre pour manifester une solidarité avec nos compatriotes juifs visés par une haine multiséculaire actuellement en recrudescence ; d’autres pensent qu’une telle marche, organisée à l’initiative de personnalités ayant parlé de « soutien inconditionnel » à l’Etat d’Israël et soutenue par l’extrême droite a d’abord une fonction politique : celle de souder un camp devenu sourd aux légitimes revendications des Palestiniens.

Mais nous sommes d’accord sur un point : la tendance, notamment dans certaines franges de la gauche, à minorer voire à taire l’existence de l’antisémitisme au motif que cela profiterait à la politique de répression israélienne est dangereuse et fait courir le risque d’une banalisation de l’antisémitisme dans notre pays. La vérité ne doit jamais être sacrifiée sur l’autel de calculs politiques douteux.

En tant que chrétiens, nous savons que l’antijudaïsme a de profondes racines historiques en France et que notre religion n’y est pas du tout étrangère. L’Église de France a ainsi reconnu, en 1997, que son comportement durant la Seconde Guerre Mondiale a été profondément problématique et a fait acte public de repentance. Dans un texte célèbre et courageux, elle reconnaît l’existence d’un « antijudaïsme séculaire », affirme « le rôle, sinon direct du moins indirect, joué par des lieux communs antijuifs coupablement entretenus dans le peuple chrétien dans le processus historique qui a conduit à la Shoah », souligne que « pendant des siècles a prévalu dans le peuple chrétien jusqu’au Concile Vatican II, une tradition d’antijudaïsme marquant à des niveaux divers la doctrine et l’enseignement chrétiens, la théologie et l’apologétique, la prédication et la liturgie et que « sur ce terreau a fleuri la plante vénéneuse de la haine des juifs ». Si le Vatican a bien condamné, dès les années 30, l’idéologie nazie et le racisme, les autorités de l’Eglise française confessent donc avoir manqué de clairvoyance pendant l’Occupation et fauté par loyalisme à l’égard du régime de Vichy. 

Cette mise en perspective historique ne peut nous conduire qu’à trouver vraiment abjecte la tendance, si commune de nos jours, à faire reposer sur les épaules de tous nos compatriotes musulmans se sentant solidaires du peuple palestinien opprimé la responsabilité de tout antisémitisme politique. À ce compte-là, on oublierait presque les racines profondément racistes de l’extrême droite française ! Comment ne pas percevoir l’opération grossière qui consiste, pour l’extrême droite, à profiter de l’atmosphère ambiante d’islamophobie pour faire oublier son antisémitisme originaire ?

Aujourd’hui, il nous faut donc trouver les moyens et les voies pour lutter contre l’antisémitisme tout en refusant son instrumentalisation à de vulgaires fins politiciennes et en continuant à nous rallier à la lutte pour les droits du peuple palestinien. Nous mesurons toute notre insuffisance dans la construction de cette position et nous préférons le révéler publiquement que de nous taire.            

Collectif Anastasis – 10.11.23